Progrès
J’aimais bien me promener dans les bois à l’époque où le téléphone portable n’existait pas. J’étais libre. C’était le bonheur ! Aujourd’hui, j’ai toujours peur de l’éteindre, des fois que le bonheur cherche à me joindre. Quand j’étais enfant, j’adorais regarder travailler mon père et mon frère qui étaient artisans. Aujourd’hui, les enfants pensent que l’argent sort directement des distributeurs de billets de banque. Pour savoir quel jour il était bon de semer, les paysans du siècle dernier sentaient la Terre. Aujourd’hui, vous pouvez voir au restaurant deux personnes côte à côte, l’une envoyant un SMS avec son Smartphone, l’autre sur internet avec son i-Pad, et ne s’adressant pas la parole. Quand j’étais enfant, nous avions un moulin à moudre le café. Ça sentait bon dans toute la maison. Aujourd’hui, on ne connaît ni l’odeur ni l’aspect du café puisqu’il nous arrive enfermé dans des capsules d’aluminium. What else ? Quand j’étais enfant, nous jouions au football au milieu de la rue devant chez moi. Aujourd’hui, toutes les dix secondes une voiture passe à toute vitesse. Quand j’étais enfant, seules quelques mamans pauvres devaient aller travailler à l’extérieur. Aujourd’hui, toutes les mamans quittent leurs enfants et leurs maisons pour aller travailler. Il paraît que c’est le progrès…
Et si le progrès n’avait rien à voir avec la science et la technologie et tant pis pour la bombe atomique et les OGM ? Si le progrès était un chemin, de l’alpha à l’oméga, même si un jour tout devra recommencer ? Et si le progrès, c’était inventer, chaque jour, un monde meilleur ? Si le vrai progrès était celui de l’humain ? Si demain le progrès n’était plus dans les mains des hommes d’affaires et des politiciens, des vendeurs de voiture, de pesticides, de médicaments ou de Smartphones mais dans celles des humanistes et des poètes ? Si ce n’était plus les pouvoirs de l’argent mais les pouvoirs de l’esprit qui décidaient de l’avenir ? On a tellement pensé que c’était un progrès de transférer le pouvoir de l’église à la nation et c’était en partie vrai. Le problème c’est que la nation compte le bien-être des citoyens en argent, déficit et Pib, et pas en joie, sourires et fraternité. Et s’il fallait remettre l’homme et la nature au centre de l’évolution, à la place des objectifs de bénéfice à atteindre ? S’il s’agissait simplement de ne produire qu’en fonction des besoins de tous et pas du comité de direction des actionnaires ? S’il ne s’agissait que d’agir en fonction d’une éthique, je dirais que : « Toute invention doit servir à améliorer la vie de tous sans détruire la planète ou la vie de certains. Toute production ne doit pas viser le bénéfice qu’elle en tirera mais simplement améliorer la vie sur Terre, et que le bien que je veux pour moi, je le veux pour tous ! » Si ce qu’il restait à inventer, n’était autre qu’un monde plus juste, plus agréable à vivre, où tout le monde puisse boire et manger, sans avoir peur de son voisin ? Si le progrès, c’était simplement d’améliorer la relation des humains entre eux et de chacun avec soi-même ? Si le progrès, c’était d’en finir avec la guerre, même économique, avec la misère donc avec l’idée de richesse, avec l’esclavage des pauvres, des femmes et des enfants ? Si le progrès c’était juste un peu plus d’amour, un peu plus de compassion, un peu plus de beauté, un peu plus de bonté, un peu plus de vie ?
